Chronique #48 : La femme, un être de relation ; l’homme, un être d’action : est-ce si vrai ?

On dit de la femme qu’elle serait plutôt un être relationnel et de l’homme qu’il serait plutôt un être d’action. Mais, est-ce si vrai ?

Je demande systématiquement aux femmes et aux hommes qui me consultent : « Que feriez-vous si vous appreniez qu’il ne vous reste qu’un an à vivre et ce, en bonne santé et sans aucun problème d’argent ? » Dans la très grande majorité des cas, les femmes me répondent « Je me rapproche des gens que j’aime et je les gâte » alors que les hommes me disent « J’arrête de travailler et je voyage ».

Je demande alors aux femmes : « Que feriez-vous avec les gens que vous aimez ? » et, la plupart du temps, elles répondent : « Je les amène en voyage ». Quant aux hommes, je leur demande s’ils partent seuls ou avec quelqu’un et, là aussi, une bonne partie me disent : « Avec les gens que j’aime ».

Ces réponses spontanées démontrent que les hommes et les femmes veulent sensiblement les mêmes choses mais que leur priorité n’est pas tout à fait la même. Certains et certaines me répondent qu’ils ne changeraient rien dans leur vie, ce qui pourrait être un indice de leur bonheur actuel tant au point de vue amoureux, familial et social que professionnelle.

 Les femmes
Plusieurs enquêtes ont démontré que les priorités des femmes tournent autour de la famille et des amis, la carrière ne venant qu’en troisième lieu, sauf pour quelques-unes. D’autres recherches ont aussi démontré que, même au travail, la dimension relationnelle prime. Est-ce un préjugé, un stéréotype, un conditionnement social ou une réalité physiologiquement fondée ? Les tenants de l’approche culturelle y voient un cliché sexiste ; les évolutionnistes, de simples différences inscrites dans la nature de la femme. De simples différences qui peuvent varier selon les cultures et évoluer avec le temps .

En fait, tout dans son corps et son cerveau tendrait à donner raison aux tenants de l’approche biologique. La mère vit une relation symbiotique de neuf mois avec son fœtus. Cette fusion est souvent entretenue par l’allaitement maternel pendant de nombreux mois supplémentaires. Aviez-vous remarqué qu’il n’y a qu’une voyelle de différence entre le mot sein et le mot soin ? Le corps de la femme est ainsi construit pour nourrir l’autre, pour nourrir la vie, d’où les expressions de mère nourricière, d’aidante naturelle et d’être altruiste.

Des études récentes sur le cerveau[1] vont dans le même sens. Quoique possédant les mêmes structures, le cerveau des femmes s’est développé un tantinet différemment de celui de son partenaire. Ces différences ont été démontrées à l’aide du scanneur, de l’imagerie à résonance magnétique (IRM), de la dissection de cerveaux de cadavres et de l’observation des conséquences des traumas cérébraux et malformations génétiques. Le déchiffrage de l’ADN devrait prouver aussi, non pas la supériorité d’un sexe sur l’autre, mais plutôt certaines spécificités liées à chacun des sexes.

Le cerveau de la femme pèse en moyenne 100 à 125 grammes de moins que celui de l’homme, mais sa densité plus forte compense cette différence. Ses deux hémisphères sont égaux. Par contre son corps calleux, bande médullaire blanche qui relie les quatre lobes du cerveau, est 40 % plus développé. C’est lui qui assure le transfert des informations entre les deux hémisphères. De plus, les neurones cérébraux féminins possèdent 13 % plus de neuro-poils ou dendrites facilitant ainsi le transfert de plus d’informations d’un neurone à l’autre. Qui n’a jamais remarqué la formidable mémoire des femmes tant pour les souvenirs heureux que les mauvais ou qu’une femme en colère est capable de nous rappeler toutes les conneries que nous avons faites depuis qu’on la connait ?

Quelles sont les répercussions comportementales de ces différences ? Elles sont nombreuses et faciles à vérifier : une meilleure mémoire, une plus grande facilité à trouver les mots pour exprimer ses émotions, une grande intuition, un cerveau capable de remplir plusieurs tâches en même temps et une plus grande empathie. Son cerveau mieux équilibré lui permet aussi et en même temps une approche plus globale de la vie et la capacité de mieux percevoir les détails et les nuances. Il en fait aussi un être doué pour le langage et les relations sociales. C’est pourquoi les femmes ont tendances à choisir des professions axées sur la relation d’aide et qu’elles font, dans ce domaine, de meilleures intervenantes.

Que son corps et son cerveau soient mieux dotés pour la communication et la relation ne font pas de la femme un être supérieur à l’homme : ils n’en font qu’un être humain légèrement différent. Ce qui ne veut pas dire que la femme ne puisse pas, elle aussi, devenir un être d’action.

Les hommes
D’autres études démontrent que les priorités des hommes tournent autour du faire plutôt que de l’être : pour la majorité, la carrière est leur priorité. Même au travail, les résultats priment sur la dimension relationnelle, d’où le climat de compétition que l’on retrouve généralement entre hommes. Est-ce un préjugé, un stéréotype, un conditionnement social ou une réalité biologiquement fondée ? Les tenants de l’approche culturelle y voient un cliché sexiste qu’il faut combattre ; les évolutionnistes, de simples différences inscrites dans la nature de l’homme. De simples différences qui peuvent varier selon les cultures et évoluer avec le temps .

Le corps de l’homme possède 40 % plus de muscles que la femme, 23 %, d’où l’expression du « sexe fort ». Il est plus grand, court plus vite, vise mieux, voit plus loin et possède un meilleur sens de l’orientation. Ces habilités physiques lui ont permis d’assurer la survie de l’humanité contre tous les prédateurs d’antan, alors que nous étions encore nomades[2]. De tout temps, l’homme a été un chasseur pourvoyeur de nourriture et un guerrier protégeant son territoire. Son objectif : assurer sa propre survie physique ainsi que celle des membres de son groupe. L’homme pense à lui avant de penser aux autres. On le traite souvent d’égoïste à cause de cela, mais son égoïsme est altruiste, car il a appris que, de sa survie, dépend la survie des gens qui l’entourent. C’est pourquoi, la plupart du temps, il met sa force, musculaire et intellectuelle, au service de l’humanité.

Quoique possédant les mêmes structures, le cerveau des hommes s’est développé un tantinet différemment de celui de sa partenaire, démontrant ainsi certaines spécificités liées au sexe. La principale différence se trouve dans l’hypothalamus dont certaines parties sont deux à dix fois plus développées. C’est l’hypothalamus qui est responsable des comportements que les psychologues appellent les 4A : agressivité, alimentation, activité sexuelle et accès de fuite.

Point besoin de longues observations pour se rendre compte que les garçons et les hommes sont plus agressifs. Agressif, non pas dans le sens de violence, mais dans son réel sens d’ « aller vers » (ad gressere, en latin). Aller vers la satisfaction de ses besoins, aller au-delà de ses limites (sports extrêmes), aller à la découverte du monde (d’où le goût de l’aventure et des voyages), aller toujours plus haut, plus loin, plus vite, aller à l’encontre… Encore aujourd’hui, comme au temps des chasseurs, l’homme met souvent l’accent sur la survie alimentaire et sur le bien-être physique. Grâce à son hypothalamus et sa testostérone, l’homme possède une libido plus élevée : quelle femme n’a jamais dit à son partenaire : « Tu ne penses qu’au sexe ! ». L’homme ne veut pas parler d’amour, il veut faire l’amour. Finalement, devant un danger dont il ne peut contrôler la source, l’homme a tendance à fuir, à s’enfermer dans le silence ou à s’éloigner.

Que son corps et son cerveau soient mieux dotés pour l’action ne font pas de l’homme un être supérieur à la femme : ils n’en font qu’un être humain légèrement différent. Ce qui ne veut pas dire que la femme ne puisse pas, elle aussi, devenir un être d’action et l’homme, un être de relation. Ces différences, dans les couples heureux, sont utilisées de façon complémentaire et non opposée.

Sexe ou genre ?
Les théoriciens et théoriciennes du genre vous diront que la nature n’a rien à voir dans ces spécificités sexuelles et que tout est une question de culture ou d’apprentissage. Je vous invite à réfléchir à ce débat théorique en visionnant le très intéressant documentaire intitulé Le paradoxe norvégien, lequel présente les arguments des deux points de vue.

[1] Pour en savoir davantage : Brizendine, L., Les secrets du cerveau féminin, Grasset, 2008.

[2] L’humain n’est sédentaire que depuis 12 000 ans, moment du développement de l’agriculture et de l’élevage. Ce qui pourrait expliquer que de nombreux retraités et retraitées redeviennent nomades.

Pour en savoir davantage, Dallaire, Yvon, Moi aussi, Moi, plus. 1 001 différences homme-femme, Éd. Option Santé, 2002.